Centre d'analyse MCD
Chaire MCD

Volume 2, numéro 6, octobre 2013

POLITIQUE ET DÉMOCRATIE

Participation citoyenne

«Dialogue démocratique et religion : l’exemple québécois»

Alors que la polémique autour de la Charte des valeurs est toujours vive, les auteurs de cet article prennent l’exemple du programme d’éthique et culture religieuse (ECR) comme outil de participation citoyenne et préparation au dialogue démocratique. Après un rappel sur la diversité croissante de la société québécoise et ce signifie le vivre-ensemble dans une société plurielle, les auteurs abordent plus spécifiquement le projet de l’école québécoise. Celui-ci s’articule sur trois axes : instruire, socialiser et qualifier, donnant ainsi mandat à l’institution de former les futurs citoyens. Toutefois. André Duhamel et Mireille Estivalèzes mettent en relief un dilemme. En effet, la libre-expression des différences peut-elle convenir à une institution qui forme le citoyen ? L’ECR semble résoudre ce problème car il relève d’une pratique dialogique semblable à une délibération publique. Même si elle n’aboutit sur aucune décision, elle a plusieurs vertus : permettre la rencontre d’autrui, apprendre grâce à l’échange et faire preuve de réflexivité sur soi-même. Ce qui fait dire aux auteurs que «le programme ECR présente une tentative distincte et pertinente de régulation morale et religieuse en démocratie», tout en favorisant une dimension éthique et pédagogique de la délibération démocratique.

Duhamel André, Estivalèzes Mireille, 2013, «Vivre-ensemble et dialogue : du programme québécois d’éthique et de culture religieuse à la délibération démocratique», McGill Journal of Education / Revue des sciences de l’Éducation de McGill : http://www.erudit.org/revue/mje/2013/v48/n1/1018402ar.html?vue=resume

Action politique, partis, idées novatrices

«La troisième vague du mouvement féministe ? Paroles de militantes»

Cet article fait le compte-rendu d’une table ronde où les militantes Alix Béranger (La Barbe), Clara Carbunar (Marche mondiale des femmes) et Caroline De Haas (Osez le féminisme) se sont réunies autour de l’historienne Christine Bard afin d’aborder les combats actuels et défis futurs du mouvement féministe. Après le rappel historique de Christine Bard, cette dernière constate des continuités, mais également des changements, qui  corroboreraient à la théorie d’une «troisième vague» axée en termes d’intersectionnalité des discriminations : orientations sexuelles, genres, classes, races, etc. Mais l’historienne nuance. Cette nouvelle orientation ne change pas la structure du mouvement féministe, c’est davantage le contexte qui, selon elle, encourage son évolution. Sur ce propos, les avis des militantes divergent. Alix Béranger soupçonne ladite «troisième vague» d’être une invention médiatique, quand elle estime que le mouvement s’inscrit dans une continuité historique. Caroline De Haas témoigne d’un changement générationnel et de préoccupations plus contemporaines. Quant à Clara Carbunar, elle souligne surtout la transnationalité du mouvement qui lui donne une toute autre dimension. La suite de la conversation aborde les thématiques de l’internationalisation du mouvement, ses rapports à l’État et aux autres luttes sociales.

Bard Christine et Al., 2013, «Le militantisme féministe aujourd’hui», Esprit : http://www.cairn.info/revue-esprit-2013-10-page-68.htm

DROITS ET JUSTICE SOCIALE

Redistribution et protection sociale

«La justice intergénérationnelle en Scandinavie»

Cette analyse de Mi Ah Schoyen et Bjorn Hvinden s’appuie sur le rapport Intergenerational Justice in Aging Societies de l’OCDE. Avant de se pencher sur les pays scandinaves, les auteurs tiennent à préciser que la justice intergénérationnelle est porteuse de nombreux dilemmes. Pourtant difficiles à résoudre, la Norvège et la Suède sont pourtant en passe d’assurer une forme d’équité – à défaut de justice – intergénérationnelle. Prévoyant le contrepoids démographique à venir, ces pays ont réformé leurs systèmes respectifs de pensions afin que la balance entre les générations ne soit pas lestée dès le départ. De même, les dettes souveraines y restent faibles en comparaison de la moyenne de l’OCDE. Rajoutons que le taux de fertilité, favorisé par une parfaite égalité homme-femme, est bien meilleur en Scandinavie que dans la plupart des pays occidentaux. À l’exception notable du fonds souverain de la Norvège riche de 600 milliards d’euros grâce aux revenus pétroliers, les pays scandinaves s’en sortent relativement bien. Toutefois, les auteurs ne veulent pas y voir un «super-modèle». Si les politiques d’égalité des chances (dont un libre-accès à l’éducation) avec des politiques de compétitivité économique favorisent cette situation, ils soulignent que la justice intergénérationnelle telle qu’elle est mise en œuvre en Scandinavie ignore encore des critères écologiques fondamentaux.

Schoyen Mi Ah, Hvinden Bjorn, 2013, «Intergenerational Justice in Scandinavia: Super Model?», OECD Insights : http://oecdinsights.org/2013/10/29/intergenerational-justice-in-scandinavia-super-model/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=intergenerational-justice-in-scandinavia-super-model

Reconnaissance et affirmation des droits

«L’égalité homme-femme, stoppée par un plafond de verre»

Dans cette étude comparative entre secteur public et secteur privé en France, Alex Alber relève qu’il est plus difficile pour les femmes travaillant pour l’État d’exercer des fonctions d’encadrement. Cette situation, note l’auteur, est paradoxale. Comparativement au privé, le secteur public en France a fait une place importante aux femmes, notamment par un recrutement sur concours et par des régulations statutaires qui les protègent contre d’éventuelles discriminations. Toutefois, un «plafond de verre» y restreint l’évolution de leur carrière. Si on constate le même phénomène dans le secteur privé, le plafond est toutefois plus «bas» dans le secteur public. Cherchant les raisons intrinsèques à ce paradoxe, l’auteur relève que le manque de volonté politique, mais aussi des diplômes initiaux «genrés» (et donc dépréciés) aggravent le phénomène dans le secteur public. À ces raisons, il existe aussi de véritables discriminations. Par exemple, les femmes restent essentiellement cantonnées à des postes fonctionnels avec un rôle moindre dans les hiérarchies fonctionnelles. De même, si l’auteur constate que la maternité et l’emploi partiel n’expliquent en rien les disparités entre le public et le privé, ces mêmes critères restent disqualifiant quant à l’accès aux responsabilités.

Alber Alex, 2013, «Un plafond de verre plus bas dans la fonction publique ? Une comparaison public/privé de l’accès des femmes aux fonctions d’encadrement», Travail, genre et sociétés : http://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2013-2-page-129.htm

ÉCONOMIE ET TRAVAIL

Politiques économiques

«L’Amérique latine à la pointe de l’économie sociale et solidaire»

Cet article est une forme de diaporama de l’économie sociale et solidaire telle qu’elle se pratique Amérique latine. Malgré son caractère introductif, cette présentation est d’ores et déjà instructive. Elle nous présente les modèles vénézuélien, brésilien, argentin et péruvien, de même que deux exemples expériences pour chacun de ces pays. Il est intéressant de constater des différences structurelles majeures entre ces pays. Par exemple, alors que le Venezuela souhaite substituer au capitalisme un modèle d’économie sociale et encourage très fortement les initiatives par le biais du Ministère du pouvoir populaire pour l’économie communale, le modèle en Argentine - dont l’économie sociale représente 10% du PIB – est davantage ascendant que descendant. Avec la violente crise économique de 2001, environ 200 entreprises menacées de fermer ont été réquisitionnées par leurs salariés. De même, certaines expériences peuvent sembler modestes, à l’instar du «Café aux mille vertus» à Putina Punco (Pérou) qui est une coopérative de café sous label «commerce équitable», tandis qu’au Pérou toujours, à Lima, la Villa el Salvador est une communauté d’entraide où les citoyens ont massivement reboisé, construit 26 écoles, 150 garderies, 300 cuisines communautaires, avec des structures démocratiques dans chaque bloc d’habitation.

Collectif, 2013, «L’économie populaire et solidaire en Amérique latine», Oikos : http://www.oikosblogue.coop/?p=16177

Organisation du travail

«Investir et réorganiser l’emploi en Europe»

La Confédération européenne des syndicats (CES) – qui réunit 85 organisations dans 36 pays européens – vient d’approuver ce texte directeur. Faisant le constat de la crise, il propose une stratégie d’investissements paneuropéenne qui implique un plan de relance sur une période de dix ans. Elle se fixe plusieurs mandats : établir une cohésion des sociétés européennes face aux défis écologiques, sociaux et démocratiques, permettre un contrôle démocratique accru des politiques économiques  et, évidemment, relancer l’économie en créant des emplois de qualité. Les investissements en tant que tels seraient consacrés aux priorités de l’Union européenne : développement des infrastructures, éducation et formation, gestion durable de l’eau, transformation énergétique, etc. Loin d’être irréaliste, la CES insiste qu’une campagne d’investissement pour précipiter la transition énergétique pourrait créer jusqu’à 11 millions d’emploi durables et innovants. Pour réaliser un tel plan de relance, la CES préconise soit la création d’une institution ad hoc, soit l’utilisation d’une structure existante, pourvu que les partenaires sociaux y soient associéss, que le contrôle démocratie soit effectif et que l’institution en question mette en place une stratégie véritablement paneuropéenne. Dans ce projet, on voit poindre les principaux reproches de la CES à l’endroit des États européens, lesquels ont écarté les partenaires sociaux et établis des stratégies sans suivi démocratique.

Collectif, 2013, «Une nouvelle voie pour l’Europe : Plan de la CES pour l’investissement, une croissance durable et des emplois de qualités», Confédération syndicale européenne : http://www.etuc.org/a/11720

Développement durable

«Éviter la guerre de l’eau en Méditerranée»

Rendu public récemment, ce rapport du Comité économique et social européen (CESE) se penche sur les défis de la gestion de l’eau dans la région euro-méditerranéenne. Quelques points contextuels méritent d’être précisés avant de passer aux recommandations du CESE. En premier lieu, le Comité note que l’approvisionnement en eau dans cette région est menacé, notamment à cause de la surexploitation des nappes phréatiques et du gaspillage qui représenterait pas moins de 30% de la demande globale. Ensuite, il souligne la dimension hautement géopolitique de cette question, notamment au sujet de la Stratégie pour l’eau en Méditerranée (SEM) qui n’a pas encore débouchée faute de consensus. Pourtant, la région méditerranéenne comprendre 60% de la population mondiale dite «pauvre» en eau et 20 million d’habitants de cette région n’ont simplement pas d’accès à l’eau potable. Selon les prévisions, ce sont 80 millions de personnes qui seront en situation de pénurie d’eau à l’horizon 2025. Le CESE recommande alors le développement du dessalement pour faire face à la pénurie, mais cette industrie très gourmande en électricité doit être couplée aux énergies renouvelables et à des solutions plus durables comme l’utilisation rationnelle de l’eau. Également, il souligne la nécessaire coopération internationale pour éviter une «guerre de l’eau».

Le Nouail Marlière, 2013, «Gérer les défis liés à l’eau dans la région euro-méditerranéenne», Comité économique et social européen : http://www.eesc.europa.eu/?i=portal.fr.events-and-activities-euromed-summit-2013-documents.29732

SERVICES PUBLICS : ORGANISATION ET PRESTATION

Périmètre des services publics (public/privé)

«Non à la privatisation de l’assurance autonomie»

Cet article de Jacques Fournier est très éclairant quant aux enjeux sanitaires et économiques du Livre blanc sur l’assurance autonomie proposé par le ministre Réjean Hébert. À prime abord, le projet d’assurance autonomie aurait une fonction bénéfique car il augmenterait la part du budget qui va aux services à domicile de 17 à 31%. Toutefois, cette part reste largement en-dessous de la moyenne de l’OCDE. Jacques Fournier propose une piste envisageable pour accroître le budget de l’assurance autonomie : récupérer les 750 millions de dollars d’économie que générerait la réforme. Si le projet d’assurance autonomie a d’autres effets bénéfiques, dont une saine séparation du budget des soins à domicile et celui des soins hospitaliers, l’auteur est navré que le ministre prévoie de confier les soins d’autonomie aux entreprises d’économie sociale en aide domestique (EÉSAD). Il justifie son propos pour trois raisons : premièrement, le personnel des EÉSAD est généralement moins qualifié et moins payé que les auxiliaires familiales et sociales des CLSC ; deuxièmement, le taux de rotation élevé des EESAD ne favorise pas la continuité des services ; troisièmement, cette mesure va dans le sens d’une privatisation accrue du système de santé au Québec.

Fournier Jacques, 2013, «Les trois fonctions du projet d’assurance autonomie», L’Aut’Journal : http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4900

Production et régularisation des services publics

«La santé, une simple industrie ?»

Dominique Kerouedan tire la sonnette d’alarme, détaillant scrupuleuse dans cet article les mécanismes de l’aide mondiale en faveur de la santé. Celle-ci appartenant aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les aides en matière de santé ont triplé dans la décennie 2001-2010. On pourrait s’en féliciter si le principal contributeur – en l’occurrence les États-Unis d’Amérique – considérait la santé véritablement comme un OMD. Or, la santé est davantage un enjeu géopolitique pour la première puissance mondiale qu’une préoccupation basée sur des considérations purement sanitaires. L’auteur distingue deux facteurs qui amène la communauté internationale a financé la santé : 1) des intérêts commerciaux bien compris, 2) des motifs sécuritaires. Les dotations en matière de santé étant réalisées par le biais de partenariats public-privé, des logiques mercantiles veulent qu’elles se portent uniquement sur le sida, la tuberculose et le paludisme. Si l’administration Obama a annoncé en juillet 2012 la création de l’Office of Global Health Diplomacy qui devrait considérer tous les risques épidémiques autres que les trois pandémies citées, l’auteure constate que l’intention relève une fois de plus du sécuritaire, lequel implique malheureusement l’urgence et non le long terme. Aussi, la prévention, l’ajustement de l’aide aux dynamiques locales, le soutient à recherche sur le terrain et les traitements de maladies tropicales passent pour les parents-pauvres de l’aide médicale internationale.

Kerouedan Dominique, 2013, «Comment la santé est devenue un enjeu géopolitique», Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/07/KEROUEDAN/49326

Prestation des services publics

«Repenser l’action publique pour résoudre la crise du logement»

Christophe Robert dresse un constat préoccupant la crise du logement en France. Touchant près de 10 millions de personnes, cette crise a pour cause structurelle trois facteurs : la faible construction de logements abordables malgré une forte demande, l’augmentation des prix du loyer dans le parc privé (50% en dix ans) et la réduction des aides de l’État pour les personnes difficilement solvables. De ce fait, le mal-logement contribue à creuser les inégalités, fragilise les populations déjà touchées, de même qu’il «pénalise aussi les parcours de vie des personnes, compliquant l’insertion des jeunes, bloquant les projets, entravant les mobilités résidentielles et professionnelles». Pour faire face à cercle vicieux, Christophe Robert plaide pour trois mesures. Premièrement, il faut construire des logements en grand nombre, et notamment des logements sociaux à proximité des centres d’activité. Deuxièmement, il faut songer à un conventionnement du parc privé lié à un dispositif de régularisation des prix, lequel inciterait à une baisse substantielle de ceux-ci. Troisièmement, les pouvoirs publics doivent conduire une politique de rénovation thermique et de lutte contre l’habitat indigne, mais également mobiliser d’office des logements ou locaux vacants. Si ces mesures peuvent sembler radicales, Christophe Robert estime qu’il y a urgence.

Robert Christophe, 2013, «Territorialiser la lutte contre le mal-logement», Métropolitiques : http://www.metropolitiques.eu/Territorialiser-la-lutte-contre-le.html

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 14 octobre 2010