Centre d'analyse MCD
Chaire MCD

Volume 2, numéro 5, septembre 2013

POLITIQUE ET DÉMOCRATIE

Participation citoyenne

«La participation politique dans les quartiers populaires»

Cette publication dirigée par Leyla Arslan et Réda Didi explore les systèmes de participation politique dans plusieurs pays, dont le Canada, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce tour d’horizon éclaircit certaines notions, notamment l’empowerment canadien et la community organizing dans ses versions anglaise et étatsunienne. Si elles sont suffisamment contextualisées pour nous offrir un large aperçu de la question, c’est dans la conclusion que Réda Didi les développe afin qu’elles s’accordent à la situation des quartiers populaires. Ce dernier, rappelant que la démocratie semble grippée pour nombreux de nos concitoyens, affirme qu’il faut «repartir du quotidien des individus». Toutefois, il ne faut pas les laisser démunis face aux codes de la politique. En plus d’organiser la participation politique à l’aide de la société civile, une formation à son fonctionnement semble nécessaire. Pour ce faire, l’auteur préconise le recours à l’éducation populaire, telle une «maïeutique qui fait accoucher les individus de leurs possibilités par le dialogue et la production d’une intelligence commune des situations». Le plus important, précise-t-il, est une bonne représentation des habitants des quartiers populaires et une habilitation de ceux-ci à tous les échelons de la participation politique.

Arslan Leyla, Didi Réda (dir.), 2013, «Organisez-vous ! Construire la participation politique dans les quartiers populaires», Fondation Jean Jaurès : http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-essais/Organisez-vous-%21-Construire-la-participation-politique-dans-les-quartiers-populaires

Action politique, partis, idées novatrices

«Redéfinir l’égalité en social-démocratie»

Nick Pearce, auteur du présent article et directeur de l’IPPR, constate que la gauche britannique omet la diversité des expressions autour de la notion d’égalité, la réduisant aux seules inégalités de revenus. Pourtant, l’inégalité a un caractère polymorphe, apparaissant à différents niveaux et dans de différentes strates de la société. Par conséquent, Nick Pearce passe en revue les théories autour du concept d’égalité : l’égalitarisme relationnel, la critique réaliste et la critique républicaine, pour proposer à son tour une modernisation de la social-démocratie. Tout d’abord, estime-t-il, la lutte contre l’inégalité ne doit pas se résumer à un effort sur les seuls salaires, mais doit prendre en compte l’inégalité entre les secteurs économiques. Ensuite, l’égalité doit être considérée comme un «effort actif», et non simplement comme une mesure transactionnelle entre bénéficiaires et contribuables. Après quoi, il est nécessaire d’octroyer une plus large autonomie aux communautés politiques, habilitant ainsi les associations et les groupes communautaires plutôt que de recourir systématiquement à des prestataires de services et des fournisseurs privés. Finalement, et plutôt que privilégier la voie législative, la gauche gagnerait plus à créer une égalité relationnelle entre le politique et les mouvements sociaux.

Pearce Nick, 2013, «What should social democrats believe ?», Institut for Public Policy Research : http://www.ippr.org/juncture/171/11280/what-should-social-democrats-believe

DROITS ET JUSTICE SOCIALE

Redistribution et protection sociale

«Les balbutiements de l’économie sociale et solidaire au Québec»

Dans ce billet, Louis Favreau revient sur le projet de loi 27 attenant à l’économie sociale. Le secteur représentant quelques 125 000 emplois, étant évalué entre 7 à 8 % du PIB, autant dire que la nouvelle législation est fortement attendue par les acteurs. Or, si le projet de loi reconnaît la «biodiversité» de l’économie, considérant les coopératives, les associations et les mutuelles comme productrices de richesses sociales et économiques, l’auteur de l’article souligne que le plan d’action «semble naviguer à vue». Il adresse plusieurs reproches au plan tel que formulé par le gouvernement, notamment celui de cantonner le secteur de l’économie sociale et solidaire aux marchés publics et aux services de proximité. Louis Favreau propose alors un plan plus ambitieux, ajoutant à l’actuel la problématique écologique, les rapports Nord-Sud et la logique du don. Selon l’auteur, plutôt qu’une vision à court terme, c’est un plan à long terme que le projet de loi 27 devrait proposer. Or, la grande hétérogénéité de l’économie sociale ne favorise pas des négociations performatrices, bien que les organisations partagent des valeurs communes. Mais comme le note l’auteur, lequel reste enthousiaste : «nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements».

Favreau Louis, 2013, «L’économie sociale à l’heure du projet de loi 27 : quel plan de développement et quelle vision ?», Oikos : http://www.oikosblogue.coop/?p=15961

Reconnaissance et affirmation des droits

«La reconnaissance selon Axel Honneth»

Dans cette réédition du magazine Sciences Humaines, Catherine Halpern recueille les propos du philosophe Axel Honneth. Successeur de Jürgen Habermas, il représente la nouvelle génération de l’École de Francfort et se hisse parmi les philosophes européens les plus étudiés en Amérique du Nord. Cette entrevue nous offre une bonne introduction à sa pensée, ici résumée en quelques mots. Axel Honneth s’inspire fortement des travaux en psychologie, bien qu’il songe les luttes pour la reconnaissance dans l’espace social. L’une et l’autre sphère étant toujours liées, il précise que les conflits dits «sociaux» se conjuguent toujours avec des convictions morales, faisant en sorte qu’ils sont – outre des intérêts bien compris – des luttes pour la reconnaissance. Ces mêmes luttes répondent souvent à des sentiments de mépris, d’humiliation et de déni de la part des dominants. Si Axel Honneth estime que les luttes sont loin d’être achevées, il se montre toutefois optimiste et constate que plusieurs d’entre elles aboutissent sur le long terme. Il en va notamment de l’égalité homme-femme qui s’accentue à mesure des décennies, de même que l’interdiction du travail des enfants après avoir reconnu la nécessité de les protéger.

Halpern Catherine, 2013, «Les conflits sociaux sont des luttes pour la reconnaissance», Sciences Humaines : http://www.scienceshumaines.com/les-conflits-sociaux-sont-des-luttes-pour-la-reconnaissance_fr_14475.html

ÉCONOMIE ET TRAVAIL

Politiques économiques

«Lorsque l’économie échappe au social»

Cyprien Avenel et Christophe Fourel nous font part de leur lecture du dernier livre d’Alain Touraine : La fin des sociétés. Le sociologue émérite y analyse la crise actuelle qu’il entrevoit comme un énième développement de celle de 1929. Dès cette époque, et d’autant plus à présent, la globalisation de l’économie entraîne une dissociation de la société qu’Alain Touraine dénomme comme l’époque «post sociale». Elle se caractérise par le fait que les institutions sociales et politiques n’ont plus aucune emprise avec ce qui devrait générer leur prospérité. Au-delà de ce sombre constat, Alain Touraine s’interroge sur le moyen de mettre fin à cet état des choses. Il distingue deux types de réponses. Premièrement, la revalorisation de l’individualisme, soit de manière utilitariste avec des individus guidés par leurs seuls intérêts, soit de manière identitaire où ceux-ci s’affirment au sein d’une communauté d’appartenance. Touraine estime que ces deux réponses contemporaines fragmentent encore un peu plus le social. La seconde réponse, celle qu’il fait sienne, est de considérer la formation d’un système de valeurs éthiques qui orientent la société. Parmi ces valeurs, Touraine appuie l’importance du mouvement des femmes, dont il estime qu’il a la même centralité dans la société post-moderne que le mouvement ouvrier dans la société industrielle.

Avenel Cyprien, Fourel Christophe, 2013, «De la crise économique au monde post social», Nonfiction.fr : http://www.nonfiction.fr/article-6696-de_la_crise_economique_au_monde_post_social.htm

Organisation du travail

«Le syndicalisme, du côté patronal»

Jean-Michel Morin effectue la recension du livre de Michel Offerlé : Les patrons des patrons, histoire du MEDEF. Cette étude sociologique s’intéresse à l’organisation patronale : le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), dont le fonctionnement ressemble à ceci près au Conseil du Patronat du Québec (CPQ). Elle nous apprend que cette centrale syndicale est traversée de tensions entre différents secteurs et, dans ces mêmes secteurs, entre différentes branches. Ensuite, Michel Offerlé  met l’accent sur le problème de la représentation. En effet, selon leurs parcours professionnel, les dirigeants d’entreprise peuvent éprouver des difficultés à s’adapter à leur nouveau rôle de représentants patronaux. Ceci a des incidences sur l’organisation patronale, mais également sur les négociations avec les salariés. Finalement, et c’est là le plus intéressant, la plupart des entreprises qui cotisent  à l’organisation patronale le font pour des raisons utilitaires. Toutefois, le sociologue note que cette démarche n’est pas dépourvue d’idéologie. Bien qu’il y ait des clivages internes, un certain «esprit du capitalisme médéfien» y règne et s’emploie à structurer l’économie. Après cette lecture, on peut espérer qu’une étude similaire vienne clarifier le fonctionnement et le rôle du CPQ dans l’organisation travail au Québec.

Morin Jean-Michel, 2013, «Les patrons et leur organisation», La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Les-patrons-et-leur-organisation.html

Développement durable

«Le développement durable par les jardins»

Dans cet article, Cyrielle Den Hartigh étudie l’impact écologique et social des «jardins partagés». Mouvement apparu dans les années 1960 aux États-Unis, il se réapproprie la ville en transformant des espaces laissés à l’abandon en jardins. Ses ambitions et ses acteurs étant fortement hétéroclites, l’auteure de l’article distingue quatre rôles que jouent les jardins partagés : une dimension sociale ; un rôle de formation et de sensibilisation à la production alimentaire et à l’écologie ; un aspect plus concrètement écologique, dont la préservation de la biodiversité dans un cadre urbain ; et, une réappropriation de la ville par les citoyens. D’autres initiatives, telles que des soupes populaires, des ateliers de réparation de vélo, etc., viennent s’y greffer. Ceci laisse à penser, selon Cyrielle Den Hartigh, que ce mouvement augure une transition. Or, les municipalités qui restaient circonspectes, entre tolérance et interdiction, commencent à s’y intéresser. Récemment, la ville de Paris a mis en place une cellule «Main Verte», encadrant les jardins partagés contre la signature d’une charte et l’obligation d’ouvrir régulièrement le jardin au grand public. Est-ce une nouvelle évolution des jardins partagés ? En tout cas, l’auteure s’interroge…

Den Hartigh Cyrielle, 2013, «Jardins collectifs urbains : leviers vers la transition ?», Mouvements : http://www.cairn.info/revue-mouvements-2013-3-page-13.htm

SERVICES PUBLICS : ORGANISATION ET PRESTATION

Périmètre des services publics (public/privé)

«L’investissement des entreprises dans l’éducation»

La  Brookins Institution, généralement classée au centre-droit de l’échiquier politique, a publié cette étude consacrée à la thématique de l’éducation. Rédigée par Rebecca Winthrop, Gib Bulloch, Pooja Bhatt et Arthur Wood, elle insiste tout particulièrement sur la nécessité des entreprises à investir massivement dans l’éducation, et plus spécifiquement dans celle des pays émergents. Toutefois, il ne s’agit pas de remplacer l’éducation publique par une éducation privée, mais bien de combler les lacunes d’un système qui est en voie d’implosion. Les auteurs partent du constat que, malgré le rôle moteur des pays émergents dans l’économie mondiale, ceux-ci font face à un défaut de main-d’œuvre qualifiée ou à une mauvaise formation de celle-ci, et ce à grand renfort de sondages qui expriment l’atermoient des PDGs. Outre les répercussions immédiates pour les affaires, cette étude met en relief un point crucial : l’investissement des entreprises dans l’éducation en va de leur rôle social, mieux de leur responsabilité lorsqu’elles pénètrent des marchés émergents. Ainsi, le secteur privé ne peut pas seulement constater que les salariés éprouvent des difficultés, il doit également y remédier.

Winthrop Rebecca, Bulloch Gib, Bhatt Pooja, Wood Arthur, 2013, «Investment in global education. A strategic imperative for buisness», Brookins Institution : http://www.brookings.edu/research/reports/2013/09/investment-in-global-education

Production et régularisation des services publics

«Les logiciels libres à l’aide des services publics»

Cette analyse de Stéphane Couture porte sur les logiciels libres, c’est-à-dire des logiciels dont la licence d’utilisation est sans restriction. Développés par la collaboration massive d’usagers, leur dynamique suit un modèle d’«innovation ascendante». Stéphane Couture souligne deux intérêts pour les administrations publiques de se doter de ces logiciels. Le premier est la gratuité de leur modèle économique. Une gratuité qui nécessite tout de même des investissements en amont, mais qui génère des économies d’échelle par la suite. Parmi les nombreux exemples cités, la ville de Munich – en installant OpenOffice plutôt qu’en renouvelant ses licences Microsoft Office – a réalisé une économie substantielle de 11 millions d’euros en dix ans. Le second intérêt des logiciels libres est la «souveraineté numérique», ou l’indépendance technologique vis-à-vis d’entreprises tentaculaires à l’instar de Microsoft ou Oracle. Ceci permet de lutter contre l’hégémonie des États-Unis dans le secteur de l’informatique, mais également d’encourager des initiatives plus locales. Après avoir dressé ce bilan, l’auteur s’interroge sur le cas particulier du Québec. Le logiciel libre y existe bel et bien, et certaines administrations y recourent. Or, le gouvernement reproduit le système économique des logiciels propriétaires avec son décret de 2013, autorisant la reconduction des licences payantes et l’acquisition de logiciels propriétaires sans appels d’offres.

Couture Stéphane, 2013, «Logiciels libres : réduction des coûts et souveraineté numérique», IRIS : http://www.iris-recherche.qc.ca/publications/logicielslibres

Prestation des services publics

«Les jeunes et l’assurance-emploi»

Une fois n’est pas coutume, les signataires de cet article ne sont ni des universitaires, ni des journalistes, ni même des spécialistes de la question, mais des citoyens comme les autres. En effet, et à l’occasion d’un débat citoyen, l’organisation Génération d’idées a sondé l’avis des jeunes Québécois entre 20 et 35 ans sur l’assurance-emploi. La mise en contexte des échanges part d’une étude de l’OCDE (2013), laquelle constate que le Canada ne consacre que 1,15 % de son PIB en 2013 aux politiques publiques en emploi, contre une moyenne de 1,72 % pour les autres pays de l’Organisation. Qui plus est, ce faible taux s’accompagne d’une régression en matière de politique de l’emploi, tandis que le marché du travail se précarise. Face à cet état des lieux, les participants au débat citoyen proposent que l’assurance-emploi soit plus généreuse, moins coercitive, qu’elle prenne davantage en considération la diversité des parcours professionnels et les disparités régionales. Outre ces grandes lignes développées dans l’article, mentionnons que les participants sont unanimes quant à la nécessité que l’assurance-emploi soit rapatriée au niveau provincial pour mieux prendre en compte les situations locales.

Générations d’idées, 2013, «Les 20-35 ans et l’assurance-emploi», Génération d’idées : http://www.generationdidees.ca/nouvelles/les-20-35-ans-et-lassurance-emploi/

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 14 octobre 2010