Centre d'analyse MCD
Chaire MCD

Volume 2, numéro 2, février 2013

POLITIQUE ET DÉMOCRATIE

Participation citoyenne

«Les voix des déclassés»

Raphaël Kempf nous livre la première partie de son enquête auprès des étudiants chiliens, des Indignés espagnol, du mouvement Occupy à Londres, New-York et Nashville. Bien que ces mouvements soient différents par dans les préoccupations qui les animent, leurs critiques se fondent sur des constats similaires. Mais plutôt que de parler de mouvement mondial, l’auteur observe plutôt la conjoncture d’un même ressentiment envers une oligarchie économique et politique, voire même religieuse à Nashville. Que ce soit le mouvement ¡Democracia real ya! (Démocratie réelle maintenant) en Espagne, Occupy Wall Street aux États-Unis ou Occupy London Stock Exchange (son parèdre britannique), les moyens d’expression citoyenne et démocratique connaissent un renouveau. En plus d’avoir redonné vie à l’agora, lieu d’une discussion publique et populaire inclusive, certaines propositions se démarquent par leur originalité. Par exemple, celle d’une « démocratie 4.0 » où les citoyens pourraient voter les projets de loi soumis au Parlement par le biais d’internet. Toutefois, l’auteur remarque ces mouvements – bien qu’il y ait un projet politique qui parfois les accompagne – ne parviennent guère à se faire entendre dans le champ politique, outre le fait d’avoir populariser certaines questions.

Kempf Raphaël, 2013, « De Londres à Santiago, la révolte des déclassés », Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/KEMPF/47675

Action politique, partis, idées novatrices

«Repenser le travail à gauche»

Nicolas Hartzfeld nous fait part de sa lecture du dernier essai de Bruno Trentin : La Cité du Travail. Le fordisme et la gauche, enfin traduit en français quinze ans après l’édition italienne. Bruno Trentin, engagé à la CGIL et au Parti communiste italien, décrit la crise du travail dans les dernières décennies du XXe siècle et en Europe. Il déplore ainsi les réponses décevante de la gauche européenne à celle-ci. Il part du constat que la gauche ne parvient pas à empêcher la dégradation du travail car il y persiste sur une idéologie rationaliste du travail, dont Taylor et Ford sont les figures de proue. Chez Marx comme chez Gramsci, en passant par Lénine, la transformation du travail se voit repousser aux calanques grecques, la rationalisation étant la seule voie prônée ou promue. In fine, seule la conquête du pouvoir importe pour ces auteurs. S’il y a bien des courants socialistes et anarchistes qui ont critiqué la rationalisation du travail, la gauche européen persiste dans la pensée de ses inspirateurs. Bruno Trentin propose alors de mettre fin au contrat de travail pour un renouvellement du lien entre droit des citoyens et droit du travail, permettant ainsi la création de solidarités collectives et une démocratie au travail.

Hatzfeld Nicolas. 2013, «Réconcilier travail et citoyenneté», La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Reconcilier-travail-et-citoyennete.html

DROITS ET JUSTICE SOCIALE

Redistribution et protection sociale

«Une redistribution qui échoue à amoindrir les inégalités»

Déconstruisant la légende populaire qui voudrait que les Québécoises et les Québécois soient les contribuables les plus imposés d’Amérique du Nord, Francis Portier et Simon Tremblay-Pépin analysent le fardeau fiscal grâce à une méthodologie renouvelée. Sans rentrer en détails dans les critères d’appréciation choisis, les auteurs font ressortir que certains soutiens financiers allègent la charge fiscale pour les revenus les plus bas et les situations socio-économiques difficiles. Bien que les hauts revenus soient imposés dans une moyenne équivalente à celle du reste du Canada et des États-Unis d’Amérique, l’évolution de l’imposition sur un temps long révèle que la richesse n’est pas si bien distribuée que ça. En effet, les inégalités s’accroissent malgré la volonté du système de les combler. Si le Québec se situerait au septième rang sur treize des pays de l’OCDE en matière de charge fiscale, les Québécois ne payent pas trop d’impôt mais les plus pauvres d’entre eux certainement. C’est ainsi que se conclut cette étude pertinente et révélatrice des marges de manœuvre dont le gouvernement dispose.

Portier Francis, Tremblay-Pépin Simon, 2013, «Les Québécois-es : les plus imposé-es en Amérique du Nord ? », IRIS : http://www.iris-recherche.qc.ca/publications/fiscalite2013

Reconnaissance et affirmation des droits

«Une loi pour cesser la discrimination des travailleurs LGBT»

La discrimination des travailleurs LGBT sur le lieu de travail touche, aux États-Unis d’Amérique, entre 15 à 43 pour cent de cette population. S’il existe de nombreux États et municipalités qui disposent d’une législation contre la discrimination sur le genre et l’orientation sexuelle, seulement 45 pour cent des travailleurs étatsuniens bénéficient d’une protection basée sur l’orientation sexuelle et seulement 34 pour cent d’entre eux d’une protection basée sur le genre. C’est pourquoi, l’administration Obama prévoit d’uniformiser et de généraliser celles-ci par l’«Employment Non-Discrimination Act». Au-delà de la mesure symbolique, l’effet de ces discriminations est désastreux pour celles et ceux qui les subissent au jour le jour. Ces populations souffrent d’une précarité à l’emploi incomparable avec les hétérosexuels, sans parler des troubles d’ordre psychologique – notamment un fort stress – provoqués par les discriminations. Discriminations qui touchent d’autant plus fortement les personnes transsexuelles, lesquelles sont stigmatisées à 90 pour cent sur leur lieu de travail.  Bien qu’une loi ne puisse faire évoluer que lentement les mentalités, elle permettra néanmoins un recours pour les victimes de ces discriminations.

Bagett Lee, Burns Crosby, Hunter Nan D., Krehely Jeff, Mallory Christy, Sears Brad, 2013, «An Executive Order to Prevent Discrimination Against LGBT Workers», Center for American Progress : http://www.americanprogress.org/issues/lgbt/report/2013/02/19/53931/an-executive-order-to-prevent-discrimination-against-lgbt-workers/

ÉCONOMIE ET TRAVAIL

Politiques économiques

«Le New Labour britannique et les dilemmes de la social-démocratie»

L’article de Patrick Diamond se focalise sur l’évolution du New Labour britannique et son évolution sur les dilemmes économiques qui s’impose à ce parti social-démocrate. Il part du constat que le leadership d’Ed Miliband clôt les années Blair et Brown, lesquels révéraient les principes du néo-libéralisme comme modèle économique compétent afin de répondre aux enjeux de la globalisation de l’économie. Sauf que la crise financière, puis économique, des années 2007 et 2008 a profondément remis en cause cette conception de l’économie au sein du New Labour. Toutefois, même durant les années Blair et Brown, la social-démocratie anglaise a toujours été partagée par des dilemmes. Dilemmes qu’Ed Miliband entend bien résoudre. Aussi, ce dernier convient qu’il faut davantage d’intervention de l’État dans l’économie, et ce afin de développer des stratégies industrielles, de repenser l’approche générale à l’impôt et d’émettre une critique éthique du capitalisme. Toutefois, l’auteur insiste : l’évolution de  sur ces questions n’est pas un retour en arrière, mais bien le développement de nouvelles idées plus proches – mais distinctes – de l’ordo-libéralisme allemand ou de la social-démocratie suédoise.

Diamond Patrick. 2013, «The Progressive Dilemmas of British Social Democracy : Political Economy after New Labour», The British Journal of Politics and International Relations : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1467-856X.2012.00519.x/full

Organisation du travail

«La France vers un modèle social-démocrate ?»

Gilbert Cette et Jacques Barthélémy reviennent en détails sur l’accord interprofessionnel du 11 janvier 2013 signé par le patronat français et trois des grands cinq syndicats, qualifiant celui-ci de «tournant historique». En effet, cet accord transforme les partenaires sociaux en «prélégislateurs», dans la mesure où ces derniers interviennent désormais en amont de l’État pour spécifier le droit du travail. En cela, la France s’inspire du modèle allemand, tout en convenant des moyens pour décliner une «flexicurité» (ou flexsécurité) en œuvre dans les pays scandinaves. Ainsi, l’accord sécurise et réduit à la fois les lourdeurs procédurales des licenciements collectifs.  Or, la légitimité dudit accord  étant contestée, les auteurs de l’article bottent en touche habillement, mais sans vraiment prendre en compte les critiques exprimées. De même, ils rouvrent prudemment le dossier de la sous-représentation syndicale, celle-ci devenant souhaitable – voire nécessaire – quand le taux de syndicalisation en France est l’un des plus bas de l’OCDE. Pour y remédier, les auteurs évoquent la question centrale et délicate du financement des syndicats, mais malheureusement sans trop se risquer à la solutionner.

Cette Gilbert, Barthélémy Jacques, 2013, «France : un tournant social ?», Telos : http://www.telos-eu.com/fr/france-un-tournant-social.html

Développement durable

«L’eau : source de vie et de discordes»

Sans être alarmiste, Laurent Baechler interroge la gestion de l’eau à l’échelle mondiale. L’auteur part du constat que l’eau douce est une ressource naturelle précieuse. Même si elle est abondante, sa répartition est inégale : 60 % des ressources en douce sont détenues par neuf pays (dont le Canada). Qui plus est, l’offre d’eau douce dépend étroitement de l’activité humaine, l’agriculture représentant 93 % de la consommation globale. Toutefois, il n’y a pas de raréfaction de la ressource, mais une disparité croissante dans son accès et un défaut qualitatif inquiétant. En effet, les pays en voie de développement cumulent des difficultés d’accès à l’eau propre (les eaux souillées sont la première cause de mortalité au monde) et une mauvaise gestion des eaux. Pour l’auteur, une bonne gestion passe par une solidarité et une rationalisation entre l’offre et la demande en eau. Au niveau de l’offre, il faut augmenter les capacités, mais aussi dépolluer et mieux gérer les stocks disponibles. Au niveau de la demande, le principe est simple : il faut orienter la consommation vers une utilisation optimale, en privilégiant des secteurs moins demandeurs en eau, mais qui recevront une compensation – par le biais d’un marché d’eau « virtuelle » – pour accéder à moindres coûts aux produits de cette agriculture très dépensière.

Baechler Laurent, 2013, « La bonne gestion de l’eau : un enjeu majeur du développement durable », L’Europe en formation : http://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation-2012-3-page-3.htm

SERVICES PUBLICS : ORGANISATION ET PRESTATION

Périmètre des services publics (public/privé)

«Des services publics innovants»

Faridah Djellal et Faïz Gallouj consacrent un long travail qui présente la littérature académique dans un champ porteur, quoi qu’encore restreint, des «services innovation studies». Sans rentrer dans le détail des nombreuses approches que les auteurs développent, ces derniers distinguent plusieurs perspectives : 1) l’assimilation, 2) la différenciation, 3) l’inversion, 4) l’intégration. Cette quatrième et dernière approche étant la plus ressente, elle mérite quelques mots. L’approche de l’intégration permet d’englober les dynamiques d’innovation sous toutes ses formes, brouillant les frontières entre biens et services. Elle tient compte de l’augmentation de l’information et du service dans la plupart des biens, incorporant également les services autour du bien tels que l’après-vente. De sorte, certaines entreprises ne se déclarent plus fabricants de bien, mais fournisseurs de solutions, de fonctions ou d’expérience. Cette perspective convient de l’existence de plusieurs «mondes» : industriel, marchand, relationnel et civique, dont les caractéristiques s’entrecroisent pour incorporer leurs dynamiques à celles de l’innovation. Plus généralement, les différentes approches décrites dans cet article ambitionnent d’analyser les services publics, non plus au travers d’un prisme indolent, mais en les interprétant comme des vecteurs, des acteurs, voire des agents, de l’innovation.

Djellal Faridah, Gallouj Faïz, 2013, «L’innovation dans les services publics», Revue française d’économie : http://www.cairn.info/revue-francaise-d-economie-2012-2-page-97.htm

Production et régularisation des services publics

«L’allocation jeunesse»

Alors que le sommet sur l’éducation supérieure a posé la question de l’endettement des étudiants et l’insertion des diplômés sur le marché de l’emploi, du côté de la France la réflexion porte sur les politiques jeunesses. En effet, et malgré des droits de scolarités peu coûteux, Guillaume Allègre note qu’il y a une véritable transmission intergénérationnelle des inégalités en France. Alors que les familles de la classe moyenne parviennent à aider suffisamment leurs enfants durant leur vie estudiantine, les filles et les fils des classes populaires sont souvent obligés de travailler durant leurs études, augmentant leur taux d’échec. Plusieurs solutions sont ainsi envisagées pour restreindre ces inégalités. L’auteur de l’article évoque l’«allocation autonomie universelle». Tout en relevant la critique qui lui est habituellement adressée, Guillaume Allègre croit  qu’un financement progressif par l’impôt rétablirait l’équité. L’auteur donne également d’autres pistes à cette fin, notamment un «capital formation» qui donnerait le droit à tous ceux qui n’ont ou qui ne peuvent suivre de formation supérieure à une formation continue, ou encore une politique visant à suivre les jeunes six mois après leur sortie du système éducatif afin de leur proposer – en cas de chômage – un emploi aidé ou un service civique.

Allègre Guillaume, 2013, «Réformer la politique de la jeunesse», Alternatives Économiques : http://www.alternatives-economiques.fr/reformer-la-politique-de-la-jeuness_fr_art_1193_62867.html

Prestation des services publics

«Le transport en commun par temps de crise»

En ces temps de rigueurs, les décideurs publics Français cherchent de nouveaux moyens pour leurs projets d’investissements dans les transports publics, largement financés par l’État. Parmi les solutions évoquées dans l’article de Claudine Farrugia-Tayar, plusieurs procédés ingénieux pourraient voir le jour. Outre les contrats de partenariats public-privé pour la régénération des infrastructures ferroviaires et une organisation plus performante de ce réseau, la mise en place d’une écotaxe «poids lourds» – consistant à taxer les véhicules de plus de 3,5 tonnes qui empruntent le réseau non-concédé –  engendrerait près de 1,2 milliard d’euros. De même, l’auteure évoque la possibilité de consacrer le budget des transports au niveau régional qui, dans un pays qui reste encore très centralisé comme la France, prendrait la forme d’une petite révolution. Toutefois, Claudine Farrugia-Tayar note que la recherche de nouveaux moyens d’investissements et la rationalisation des transports publics tiennent moins de la généralisation du transport public que de leur future ouverture à la concurrence décidée par l’Union européenne à l’horizon 2019.

Farrugia-Tayar Claudine, 2013, «Transports publics : à la recherche de nouveaux financements», La Gazette des communes : http://www.lagazettedescommunes.com/153891/transports-publics-a-la-recherche-de-nouveaux-financements

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 14 octobre 2010