Centre d'analyse MCD
Chaire MCD

Volume 1, numéro 11, décembre 2012

POLITIQUE ET DÉMOCRATIE

Participation citoyenne

«Théorie et histoire de la démocratie participative»

À la recherche de solutions innovantes, le livre «La démocratie participative. Histoire et généalogie» sous la direction de Marie-Hélène Bacqué et Yves Sintomer, dont la recension de Marion Paoletti nous en retrace les grandes lignes, reconstitue une histoire riche d'expériences. La  démocratie participative, qui a connu ses premières expérimentations dès la fin du XIXe siècle, méritait néanmoins une clarification conceptuelle. Les chercheurs contribuant à cet ouvrage s'y sont employés, jusqu'à suggérer les balbutiements d'une théorie générale de la démocratie participative. Bien que cet effort reste quelque peu normatif dans la première partie du livre, il met en exergue que le paradigme peut avoir des effets «analgésiques». Dans sa deuxième partie, le livre s'étend sur des exemples historiques en France et aux États-Unis, permettant alors d'interroger le phénomène contemporain. Mais ce n'est que dans la troisième partie du livre que Marion Paoletti vient à en regretter l'hétérogénéité des contributions apportées qui questionnent science et société sous l'angle de la participation. Malgré cela, et même si l'auteure du compte-rendu émet quelques regrets, elle nous invite promptement à lire cet ouvrage.

PAOLETTI Marion, 2012, «Compte-rendu de BACQUÉ Marie-Hélène, SINTOMER Yves, dir.,  La démocratie participative. Histoire et généalogie, Paris, La Découverte, 2011», Revue française de science politique : http://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2012-5-p-990.htm

Action politique, partis, idées novatrices

«Une Charte de la laïcité plutôt que le multiculturalisme de la Charte»

Depuis plusieurs années, les acteurs s'interrogent sur la pertinence d'un modèle de laïcité au Québec. Profitant du débat autour de l'arrêt de la Cour suprême du Canada sur le niqab, le professeur de droit Daniel Turp ambitionne de former un «modèle authentiquement québécois de la laïcité». Entre une laïcité «ouverte» et une laïcité «inclusive», le juriste conçoit que la future Charte québécoise de la laïcité instaurerait un modèle, à la fois, totalement neutre et respectant la pluralité de la société québécoise. Ainsi, ladite «Charte de la laïcité» devrait reléguer à la sphère privée tous les signes religieux ostensibles actuellement présents dans les institutions publiques ou affichés par leurs agents. Toutefois, elle s'associerait d'une garantie individuelle pour le libre exercice de la religion, notamment en disposant de jours chômés afin de participer aux célébrations et manifestations religieuses. De sorte, Daniel Turp estime que la laïcité deviendrait une valeur fondamentale avec une telle Charte, cette dernière disposant d'une clause de suprématie qui lui permettrait d'échapper à l'interprétation de la Charte canadienne des droits et libertés qui prône et promeut le multiculturalisme plutôt que la sécularisation.

TURP Daniel, 2012, «Un modèle authentiquement québécois de laïcité», Le Devoir : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/366983/un-modele-authentiquement-quebecois-de-laicite

DROITS ET JUSTICE SOCIALE

Redistribution et protection sociale 

«Sécuriser les parcours professionnels : un mesure de justice sociale»

Au devant de la précarisation des parcours professionnels, Terra Nova envisage une sécurisation de ceux-ci pour répondre au double enjeu de la flexibilité de l'emploi et de la nécessité du dialogue social en temps de crise. Dès lors, le «laboratoire d'idées» progressiste promeut une sécurisation des parcours professionnels par l'instauration de trois nouveaux droits, se traduisant par : 1) une assurance qualification qui, fonctionnant comme une assurance capital-risque, permettrait à chacun de se former en période de chômage et assurerait une certaine cohérence dans l'offre interne des entreprises ; 2) une assurance emploi qui garantirait aux chômeurs une indemnisation juste et un accompagnement performant, notamment grâce à un service particularisé pour ceux qui éprouvent le plus de difficultés ; 3) un droit collectif à des négociations justes et, plus encore, à un juste partage de l’effort entre actionnaires et salariés, puis entre catégories de salariés, en cas de restructuration des entreprises. Autrement dit, cette dernière proposition empêcherait les licenciements à la seule demande des actionnaires, de même que le reclassement ne bénéficierait pas uniquement aux cols blancs.

TERRA NOVA,  2012, «Sécurisation des parcours professionnels : Pour un compromis social ambitieux», Terra Nova : http://www.tnova.fr/essai/s-curisation-des-parcours-professionnels-pour-un-compromis-social-ambitieux

Reconnaissance et affirmation des droits

«Le mariage homosexuel sans la norme hétérosexuelle»

Bien après le Canada et l'Espagne, une loi française va proposer la légalisation du mariage pour les personnes du même sexe. Le débat prenant une ampleur considérable en France, Gianfranco Rebucini se propose d'adopter une réflexion à contrecourant.  S'appuyant sur Lisa Duggan, l'auteur estime que le néolibéralisme, idéologie hégémonique depuis les années 1980, est parvenu à capter le discours progressiste en séparant la sphère économique jugée «neutre» de la sphère sociétale. Dans cet ordre d'idées, les revendications identitaires en deviennent concurrentes. Si  le mouvement homosexuel des années 1960-1970 a lutté contre l'institution familiale pour refuser une norme sociale et économique au préalable, il souhaite désormais intégrer la famille. Sur ce constat, l'auteur estime que le mouvement homosexuel et la gauche progressiste ont abdiqué devant la division opérée par le néolibéralisme. Bien que le «mariage pour tous» reconnaîtra des droits émancipateurs, il approfondira également des inégalités. Plutôt que de parler de «mariage», l'auteur propose une «autre stratégie d'émancipation» qui recoupe d'autres luttes sociales, notamment par une concordance des droits accordés aux hétérosexuels aux «solidarités» que vivent les LGBTQI sans que les premiers imposent leurs carcans aux seconds.

: http://www.contretemps.eu/interventions/%C2%AB-mariage-tous-%C2%BB-%C3%A9mancipation-sexuelle-autre-strat%C3%A9gie-politique

ÉCONOMIE ET TRAVAIL

Politiques économiques

«De la mondialisation à la localisation»

Dans cette entrevue, Thibaut Schepman recueille les propos de l'économisme Elias Mouhoub Mouhoud, lequel constate un changement économique à dimension planétaire. Ce dernier conçoit que le différentiel entre les économies développées et les économies en voie de développement sera bientôt comblé par l'augmentation du coût des transports et la revalorisation de la main d'œuvre. Toutefois, l'économiste se veut réaliste, estimant que les relocalisations d'entreprises restent sectorielles, et finalement marginales. De plus, revenir sur le territoire d'origine ne garantit en rien une création massive d'emplois, au contraire les entreprises relocalisées ont tendance à sous-traiter à l'étranger. De ce fait, Elias Mouhoub Mouhoud déplore que certains gouvernements – à l'instar de la France – aident économiquement ces entreprises, plutôt que privilégier celles qui restent sur le territoire. Pour l'économiste, il faut d'autant plus privilégier la localité : «l'avantage d’une entreprise sur sa concurrence, c’est en bonne partie son territoire, avec les infrastructures et les travailleurs qui y sont attachés». Ainsi, celui-ci défend avant tout des solutions structurelles au plan local et des regroupements de petites entreprises pour faire face aux distributeurs, mais également un plus large financement étatique de la formation et de la mobilité des travailleurs.

SCHEPMAN Thibaut, 2012, «"Nous vivons une ère de post-mondialisation"», Terra Éco : http://www.terraeco.net/Nous-vivons-une-ere-de-post,40087.html

Organisation du travail

«Pour un syndicalisme transversal»

Constatant la montée du néolibéralisme et l'échec du mouvement syndical pour incarner une véritable alternative à cette idéologie, Sam Gindin nous livre un constat accablant, mais n'oublie pas d'être optimiste sur les luttes à venir. Selon lui, le monde du travail a été intégré au néolibéralisme, quand la compétition entre les syndicats leur a fait oublier l'essence même de leur combat : la solidarité. Par conséquent, les syndicats représentent l'intérêt de certains salariés, et non celui des classes laborieuses en leur ensemble. Reprenant l'initiative de Bill Fletcher, syndicaliste torontois qui a formé des assemblées régionales de travailleurs hors du syndicat, Sam Gindin propose d'étendre les activités syndicales à tout un réseau d'activistes qui mêlerait indistinctement l'ensemble des acteurs, et ce afin de toucher les intérêts des travailleurs. Outre cette première initiative, l'auteur de l'article avance quatre idées complémentaires : 1) les syndicats des services publiques doivent être les premiers défenseurs du service public ; 2) les syndicats doivent défendre avant tout la création d'emploi, et non les seuls intérêts de leurs membres ; 3) les syndicats doivent raisonner en terme de classe pour toucher les secteurs d'activité inorganisés ; 4) la lutte syndicale nécessite de dégager du temps, et donc de créer une flexibilité au travail à cette fin.

GINDIN Sam, 2012, «Repenser le syndicalisme, lutter pour le socialisme», SolidaritéS : http://www.solidarites.ch/journal/#right=d/cahier/5592

Développement durable

«Doha ne fut pas vain»

Après l'échec retentissant du sommet de Copenhagues en 2009, Emmanuel Guérin tient à rendre compte des avancées du sommet de Doha sur le climat, et ce malgré les nombreuses critiques qui ont pu être émises sur ce dernier rendez-vous. Expliquant les enjeux et les négociations internes, l'auteur y voit surtout la pérennisation du Protocole de Kyoto, bien qu'il regrette que son objectif reste faible et que les désistements du Canada et du Japon n'eurent été autrement que dommageables. Si la crise économique que traverse l'Europe a pesé sur les négociations, les pays développés se sont malgré tout engagés à ne pas réduire leurs participations financières et à créer un Fonds vert pour le Climat, susceptible d'avancées. De même, les négociateurs ont réaffirmé leur volonté de parvenir à un accord juridique contraignant à l'horizon 2015, permettant un rééquilibrage entre pays développés et pays en voie de développement sur les principes d'équité et de responsabilité commune. Sans tomber dans l'optimiste niais, Emmanuel Guérin prédit que pour le prochain sommet, qui se déroulera probablement en France pour 2015, ponctué avant cela de rendez-vous importants, permettra d'achever cette séquence de négociations, plutôt positives finalement.

GUERIN Emmanuel, 2012, «Doha : objectifs remplis ... jusqu'en 2015 !», Terra Éco : http://www.terraeco.net/Doha-objectifs-remplis-jusqu-a,47451.html

SERVICES PUBLICS : ORGANISATION ET PRESTATION

Périmètre des services publics (public/privé)

«Faire des banques un service public»

L'austérité et les changements structurels de l'économie conduisent Jacques Julliard a proposé une nationalisation des banques privées, c'est-à-dire créer un service public de l'investissement. Si l'auteur de cette tribune en forme de brulot n'est pas le premier a mentionné une telle initiative, son constat accablant sur la désindustrialisation et sur le social-libéralisme qui persiste dans une logique postindustrielle le conduit à cette conclusion. En effet, pour Jacques Julliard, s'il faut nationaliser les banques, c'est que le contexte l'appelle et que la déperdition des banques  – lesquelles désertent leur fonction productive qui consiste à la collecte de capitaux afin d'encourager l'expansion économique, pour ne devenir que de simples agences de spéculations déliées de l'économie réelle – y conduit nécessairement. L'auteur de l'article justifie son plaidoyer en estimant qu'il revient au gouvernement de réinvestir dans les programmes industriels, jugeant que ceux-ci ont été des réussites économiques. Se faisant, la nationalisation du secteur bancaire favoriserait une relance économique, mais également un contrôle public du crédit. Il s'agit donc, pour l'auteur, d'inverser la logique qui régit présentement la politique économique de François Hollande : subordonner la relance sociale à la relance économique.

JULLIARD Jacques, 2012, «Nationaliser les banques, pourquoi pas ?», Marianne : http://www.marianne.net/Nationaliser-des-banques-pourquoi-pas%C2%A0_a225177.html

Production et régularisation des services publics

«Des pistes pour une réforme de l'université»

Le sommet sur l'enseignement supérieur en février 2013 a adopté pour slogan : «L'enseignement supérieur pour tous». C'est sur cette proposition que Pierre Avignon dresse un tableau de l'accessibilité aux études supérieures, et  convie de le décideur public à des premières pistes de réflexion. Constatant la forte progression du taux d'accessibilité aux études sur une période de cinquante ans, l'auteur remarque toutefois la crise du système par le biais de l'hétérogénéité croissante de la population dans les universités. Il observe, entre autre, que les inégalités liées au genre et à la langue maternelle régressent. Si elles ne progressent pas, les inégalités sociales se stabilisent, laissant malheureusement en marge de l'université toute une population déshéritée. Ainsi, au mal social se conjugue l'échec scolaire qui repousse d'autant plus l'accès à l'université. De ce bilan, l'auteur propose alors des pistes de réflexions aux futurs congressistes. Citons cette solution qui consisterait à associer la réforme de l'éducation universitaire à une réforme fiscale et salariale, ce qui favoriserait l'accessibilité des plus démunis. Également, la mise en place d'une véritable démocratie scolaire, laquelle reverrait la politique de classement et de sélection, ferait en sorte que l'origine sociale ne dévalue pas les parcours. Du moins, c'est ce que prône Pierre Avignon.

AVIGNON Pierre, 2012, «L'accessibilité aux études au Québec : des réformes à compléter», IRÉC : http://www.irec.net/index.jsp?p=35&f=1093

Prestation des services publics

«Plaidoyer pour l'éducation populaire»

Complémentaire de l'éducation dispensée par l'école, l'éducation populaire est un mouvement qui remonte à la fin du XIXe siècle. Dans cet essai, Michel Ménard démontre qu'il est temps d'encourager cette éducation non-scolaire, laquelle «concourt au maintien du sentiment d’appartenance à une société à la fois ouverte et cohésive, à l’heure où les mécanismes de solidarité font de plus en plus défaut». Outre la première partie du livre où l'auteur revient longuement sur l'histoire du mouvement d'éducation populaire en France, les parties suivante la replacent aux devants des enjeux contemporains et des solutions envisageables pour faire face à ceux-ci. Bien que Michel Ménard n'envisage pas la création d'un service public de l'éducation populaire, il désire que le lecteur – et par apologie, le décideur public – tienne compte du caractère sociétal d'une telle démarche en lui octroyant un statut, notamment par une «définition plus aboutie de la mission d’intérêt général des services proposés par les organisations d’éducation populaire et une traduction d’un tel engagement politique en acte juridique». Son rôle revalorisé, l'éducation populaire pourrait être un supplétif efficace à l'éducation scolaire, estime-t-il.

MENARD Michel, 2012, «Éducation populaire : le temps de l'engagement», Fondation Jean Jaurès : http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-essais/Education-populaire-le-temps-de-l-engagement

UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 14 octobre 2010